17 Octobre 2026
Épisode 1 - Partie 1
Vendredi 4 juillet 1969
Fred Russell est mort des suites d’une grave blessure à la tête après avoir accusé Michael Rossi de l’avoir frappé. Malgré les efforts de Steven Cord pour démontrer que quelqu’un d’autre aurait pu agresser Fred avant l’arrivée du médecin, Mike a été renvoyé devant un jury pour meurtre et reste emprisonné dans l’attente de son procès.
À Peyton Place, les secrets du passé ne meurent jamais… et l’arrivée d’un homme de la ville pourrait bien tout faire basculer.
— Peyton Place, dans cinq minutes…
Le contrôleur du train faisait tinter sa clochette avec un air résigné sur son visage. Vingt ans qu’il faisait cela. Et cela n’arrangeait sûrement pas l’arthrose qu’il avait dans les articulations de son coude droit.
Le son de la clochette fit bouger Eric Bullock. Inconfortablement assis sur son siège en bois maigrement capitonné par un revêtement en skaï, l’avocat leva les yeux de son dossier et contempla au loin la petite ville qui se dressait non loin de là. Il vit en premier le clocher de l’église tandis que le paysage défilait derrière la vitre. Susan lui avait parlé de la petite ville dans laquelle elle vivait maintenant depuis quelques années, et il ne pouvait pas s’imaginer un jour quitter sa ville natale de Boston pour aller s’enterrer dans un endroit où les gens se connaissaient, se côtoyaient, et à coup sûr se détestaient. Lorsqu’on vit en petit comité, il y a forcément des rancœurs et des jalousies qui font surface un jour ou l’autre.
Il rangea son dossier dans sa sacoche, saisit le Boston Globe et y lut le titre de la première page. On y parlait des émeutes de Stonewall qui ont secoué New York cet été. Cette fin de décennie apportait son lot de violence, mais pour une fois, Eric était d’accord avec les manifestants.
Émergeant de son siège, il se perdit en pensées sur ce que les années soixante-dix avaient en réserve. Dans la minuscule allée, il salua le contrôleur.
— Vous venez en visite ? s’enquit celui-ci.
— Oui, Dieu merci, je ne compte pas m’installer ici.
À la sortie de la gare, il opta pour un taxi, plaça sa valise compacte dans le coffre et se fit transporter à la place principale de la petite bourgade.
Le centre-ville de Peyton Place. Un square entouré de bâtiments emblématiques de la Nouvelle-Angleterre : un hôtel-restaurant, un tribunal abritant également un poste de police, ainsi qu'une série de boutiques face à eux, comprenant un drugstore, une librairie, un magasin général, et les bureaux du Peyton Place Clarion, un journal local sans aucun doute.
Ce square présentait un caractère singulier. En plus d'un kiosque à musique, élément plutôt traditionnel dans ce type d'espace, on y trouvait une statue, un canon, ainsi qu'un pilori.
— Un pilori ? s’étonna Eric.
Le chauffeur de taxi acquiesça.
— C’est étonnant, n’est-ce pas ? Les visiteurs n’en reviennent pas lorsqu’ils le voient.
— C’est tellement démodé.
— C’est à l’image des habitants de cette ville. Ils n’aiment pas les changements. Le pilori est resté là pour leur rappeler leurs fautes passées, en espérant ne plus les commettre. Mais ils en commettront encore et toujours. Vous savez pourquoi ?
La question était purement rhétorique et le chauffeur continua :
— Parce que les gens continueront toujours à avoir des secrets. Les secrets, dans une petite ville comme la nôtre, sont un véritable fléau qui peut détruire des vies.
— Vous donnez vraiment envie aux visiteurs de rester ici, plaisanta Eric.
— Je vous dis la vérité, tout simplement.
Le véhicule poursuivit sa route et passa devant un bâtiment qui faisait l’angle de la place. Il y abritait, entre autres, une banque et le cabinet d’avocat de son confrère Steven Cord. C’est là qu’il allait devoir se rendre. Il avait des informations cruciales à communiquer à l’avocat du Dr Rossi.
Enfin, le taxi arrêta sa course devant le Colonial Post Inn, l'hôtel-restaurant où Susan Winter l’attendait à une table pour le déjeuner.
Elle était toujours aussi jolie, elle avait conservé ses traits délicats, son visage fin et ses yeux expressifs qui reflétaient à la fois sa détermination et sa vulnérabilité. Eric avait fait sa connaissance quelques années plus tôt, alors qu’il venait d’être embauché dans l’un des cabinets d’avocats les plus prisés de Boston, fondé par le père de Susan. La jeune femme était promise à un bel avenir dans le cabinet de son père, mais sa rencontre avec Tom Winter en avait décidé autrement.
Lorsqu’elle le vit, elle se leva en souriant et l’embrassa sur la joue.
— Ça me fait plaisir de te revoir, dit-elle.
— Tu n’as pas changé.
— Dis ça à mes rides autour des yeux et de la bouche.
Eric s’étonna de voir un verre d’eau devant elle. Devançant ses interrogations, elle lui dit :
— J’ai arrêté avec l’alcool. Ça fait trois semaines maintenant. Et je compte bien m’y tenir.
— Je suis content pour toi. Ça veut dire que ça va mieux avec Tom ?
— On se donne une nouvelle chance, sourit-elle.
Ils commandèrent le plat du jour, puis après avoir échangé quelques banalités, ils en vinrent à la présence d’Eric dans cette petite ville.
— Je souhaiterais que tu me fasses un point sur cette affaire.
Susan prit une profonde inspiration, puis démarra son récit.
— Mike Rossi est un vieil ami. Il était sur le point de se marier avec Marsha Russell, mais l’ex-mari de Marsha leur a mis des bâtons dans les roues.
— C’est-à-dire ?
— Il créait des problèmes à beaucoup de gens.
— Au Dr Rossi en particulier ?
Susan opina.
— Fred Russell voulait récupérer Marsha et il aurait fait n’importe quoi pour ça. Le soir où Mike et Marsha avaient prévu de fuguer pour aller se marier, Fred s’est introduit chez Marsha et a tenté de la violer.
— Comment est mort Fred Russell ?
— Dès qu'il a eu vent de l'agression, Mike a été pris de fureur et s'est lancé aux trousses de Russell. Persuadée qu'il pourrait mal agir, Marsha a choisi de contacter la police. Elle est ensuite allée au Colonial avec un des agents, où Fred louait une chambre. En entrant, ils ont vu Mike agenouillé près de Fred.
— Fred était mort ?
Susan secoue la tête.
— Il aurait mieux valu, dit-elle.
— Pourquoi ?
— Ils ont transporté Russell à l’hôpital. Lorsqu’il s’est réveillé, il a clairement accusé Mike de l’avoir frappé. Il a dit mot pour mot : « C’est Rossi qui m’a fait ça ».
— Je comprends pourquoi le Dr Rossi est en prison.
— Il a dit qu’il était allé voir Fred pour le raisonner et lui demander de quitter la ville. Qu’il allait bien. Ils se sont disputés et Fred s’est soudain évanoui sans que Mike ne puisse en connaître la cause. Lorsque Marsha et le sergent Walker sont arrivés sur les lieux, il leur a tout de suite demandé d’appeler une ambulance.
— Clairement, tout va à l’encontre du Dr Rossi dans cette affaire.
— Au cours de l’audience préliminaire, Steven a tenté de faire comprendre qu’un coup porté à la tête peut déclencher un traumatisme seulement quelques minutes, voire quelques heures après. N’importe qui aurait pu frapper Fred avant l’arrivée de Mike. L’hémorragie cérébrale s’est simplement déclenchée plus tard, au moment où Fred était avec Mike.
— C’est ce que tu crois ? Ou c’est ce que tu veux croire ?
— Je suis sûre que Mike est innocent. Je le connais, il n’est pas capable de faire de mal à quiconque.
— Il était en colère, ne l’oublie pas. Et que fais-tu de l’accusation de Fred sur son lit de mort ?
— Une simple vengeance, ou bien une dissociation de la réalité. Le cerveau de Fred était endommagé. Il est mort quelques minutes plus tard.
— Ça ne va pas être facile, soupira Eric.
Il tapota sur sa mallette qu’il avait posée sur la table.
— Mais j’ai de quoi relancer l’enquête.
À suivre...
Enfermé entre quatre murs, Mike Rossi voit son espoir s’éteindre… tandis que l’amour devient peut-être la seule chose qu’il lui reste.